Les vins de Savoie : « le coefficient bonheur » est dans le verre

Qu’on se le dise : les vins de Savoie méritent d’être découverts en dehors des pistes! Et à lire ces derniers mois les nombreux articles dans la presse sur les chefs étoilés savoyards (Jean Sulpice et Emmanuel Renaut pour ne citer qu’eux) défendant leur patrimoine vinicole, j’ai acquis la conviction en débutant cette séance de dégustation que les vins de Savoie étaient des vins à fort potentiel mais trop souvent méconnus. Avec 23 cépages (sur 150 pour tout le vignoble français), la Savoie est une région exceptionnelle malgré son 13ème rang (sur 14) au niveau national en termes de superficie plantée en vignes.

Le petit noyau d’irréductibles n’a pas été découragé par les grèves du jour et c’est sur une bien jolie terrasse en cette tiède soirée d’été que nous avons dégusté un échantillon de ce qui m’a été conseillé dans les vins de Savoie. Je remercie Mercotte, Bige et Marise pour quelques noms de bouteilles soufflées et qui m’ont bien aidée dans ma sélection. Petit tour d’horizon de ce qui a été débouché chez Jeudivin.

  • Apremont 2008 (domaine Giachino)
  • Monfarina 2008 (domaine Giachino)
  • Chignin Anne de la Biguerne (domaine JF Quénard)
  • Chignin-Bergeron 2005 (domaine A & P Quénard)
  • Roussette Grandes Jorasses 2008 (domaine Belluard)
  • Roussette Son Altesse 2008 (domaine Genoux)
  • Mondeuse 2008 (domaine l’Idylle)
  • Autrement 2005 (Jacques Maillet)

Le Jacquère étant le cépage dominant en Savoie (55% du vignoble savoyard), les trois premières bouteilles de la dégustation étaient représentatives de ce cépage.

Première AOC présentée ici et qui en général est le premier nom auquel on pense quand on parle de vins de Savoie : l’Apremont du domaine Giachino. Le domaine Giachino est situé à Chapareillan, et privilégie l’agriculture biologique. Frédéric et David parlent de « coefficient bonheur » en dégustant les vins, une philosophie qui m’a bien plue!

Apremont 2008 domaine Giachino

Pour cet Apremont : une agréable acidité, des notes citronnées et fraîches plutôt bienvenues par ce temps d’été : certains ont été même jusqu’à se réconcilier avec l’Apremont, c’est dire! De son vin, le propriétaire dira qu’il est « particulièrement savoureux à partir de 2000 mètres d’altitude » : on le croit sans peine… A noter que cet Apremont vient d’être récompensé au Trophée des Vins de Savoie le 28 avril 2010 et a remporté la médaille d’argent.

J’ai trouvé les étiquettes de leurs vins particulièrement jolies! Pour aller plus loin : le domaine produit un vin d’apéritif baptisé « Primitif », à découvrir!

Où trouver cette bouteille? Aux Caves Vaneau, à quelques pas du Bon Marché (82 rue Vaneau – 75007 Paris) pour 9,30 euros

Nous avons continué dans le Jacquère, avec le Monfarina 2008, que Jean Sulpice recommande de servir avec un tartare de veau au bleu de Termignon.

Monfarine 2008 domaine Giachino

Le Monfarina arbore une robe d’un jaune aussi pâle que son prédécesseur l’Apremont, mais développe un nez légèrement différent. Plus complexe : du citron bien sûr mêlé à d’autres agrumes comme le pamplemousse. Léger perlant. Se boit vraiment de façon plaisante sur des fruits de mer également. J’ai beaucoup aimé.

Une étiquette qui reprend la même police que le titre de mon blog aussi : avec ce vin-là, on ne pouvait que s’entendre!

Où trouver cette bouteille? Toujours aux caves Vaneau, 9,70 euros.

Dernière bouteille représentant le cépage : un Chignin cuvée Anne de la Biguerne, recommandé par Emmanuel Renaut, qu’il sert avec une fine tarte aux asperges vertes.

Chignin Anne de la Biguerne 2008 domaine JF Quénard

Annoncé comme surprenant dans toutes les sources que j’ai pu consulter, ce vin est effectivement très différent des précédents. Des notes agréables de beurre s’échappent du verre, et en se concentrant un peu, on perçoit des notes de fruits secs également. En bouche, ce vin se fait nettement plus gras que les précédents. Pas mal, de pouvoir constater les nuances que peut offrir un même cépage sur une même région!

Où trouver cette bouteille? A Art&Vin, 89 rue Voltaire Levallois-Perret, 11 euros

Quittons maintenant le Jacquère… Jeudivin s’est attaché à découvrir la Roussane, appelée aussi Bergeron. Qui, produit à Chignin, donne un Chignin-Bergeron, à ne pas confondre avec le Chignin. Il représente aujourd’hui 2% de la production des vins de Savoie, c’est donc un vin plus rare.

Chignin Bergeron 2005 domaine A & P Quénard

C’est aux caves Augé que j’ai déniché la merveille : Pascal et Annick Quénard sont très attachés à leur terre et travaillent de la façon la plus naturelle possible (parcelles enherbées, pas de levures exogènes…). Le résultat est dans le verre : un nez compoté tout en finesse avec des notes florales et de pain d’épices. Un côté gras en bouche qui rend ce vin très gourmand. Un vin qui se mariera avec une escalope de veau comme avec des asperges ou une mousseline.

Un vin à carafer environ 30 minutes avant le service, à servir à 10-11°.

Une bouteille que j’ai regretté de ne pas pouvoir découvrir, faute de l’avoir trouvée : le Chignin-Bergeron 2004 du domaine Louis Magnin à Arbin, recommandé par Bige.

Où trouver cette bouteille? Aux caves Augé, 116 boulevard Haussmann pour 16,65 euros (la bouteille la plus chère de la sélection)

Passons aux jolies Roussettes… Elles étaient deux en compétition ce soir-là. Du 100% Altesse (un autre des 23 cépages de la région).

Les Grandes Jorasses 2008 domaine Belluard

Recommandée par Marise et classée comme l’un des 20 meilleurs vins bios selon Meilleursvinsbio.fr, cette Roussette a tout du fabuleux CV avant même d’être débouchée. Provenant du domaine Belluard à d’Ayse (qui a entamé une reconversion en biodynamie depuis 2001), cette Roussette baptisée « Les Grandes Jorasses » du nom de la fameuse course du Mont-Blanc fait un peu rêver, avec ses accents de « Premier de Cordée ».  A la dégustation, elle ne déçoit pas : un nez explosif, des notes de coing mais aussi de rhubarbe (très net) et une minéralité très agréable. Un vin qui impressionne, et pas que chez Jeudivin (voir le lien de la dégustation faite par Antoine Pétrus, où il est question de papillon d’été et de fleur butinée).

Où trouver cette bouteille? Aux Caves Augé, 116 boulevard Haussmann, 15,40 euros.

Deuxième Roussette, un vrai coup de coeur Jeudivin! Une bouteille soufflée par Mercotte, que je remercie encore tellement cette bouteille a instantanément fait battre nos coeurs un peu plus fort à la dégustation.

Son Altesse 2008 domaine Genoux

Le domaine Genoux dont elle est issue est en biodynamie. Les Genoux ont été rejoints en 2008 par Yann Pernuit afin d’assurer la pérénité du domaine. Annoncée par l’agent du vigneron comme un vin qui faisait frissonner, cette Roussette, 100% Altesse également, possède un équilibre renversant. Croquant et rond. Une finale à la salinité douce et agréable, ce vin laisse une impression de propre en bouche, et donne l’envie d’y retourner.

Son Altesse nous amis à Genoux, à n’en pas douter! A noter : le domaine Genoux produit une cuvée 31248″ en hommage à l’effondrement du mont Granier, dans la nuit du 24 au 25 novembre 1248 (qui a provoqué des milliers de morts). C’est au XVIIIème siècle que les Chambériens ont décidé de planter de la vigne sur ces éboulis. La date de 1248 est donc une référence à garder en tête quand on parle des vins de Savoie.

Où trouver cette bouteille? Contacter Yann Pernuit par email.

Les rouges maintenant… On pense à la Mondeuse bien sûr. Si la Mondeuse était le cépage savoyard dominant avant la crise du phylloxéra (plus de 50%), elle ne constitue plus que 10% des cépages de la région, mais est en progression. Elle produit des vins très typés souvent astringents.

Mondeuse 2008 domaine de l’Idylle

Si la plus fameuse semble être la Mondeuse Arbin, c’est une Mondeuse toute simple mais qui n’a pas démérité que j’ai proposé au groupe. Le domaine de l’Idylle (encore soufflé par Mercotte!) produit une Mondeuse qui a eu la médaille d’argent au concours des vignerons indépendants.

Philippe et François Tiollier propose un beau rouge qu’on se plaît à redécouvrir dans nos verres après 6 bouteilles de blanc, des arômes de fruits rouges mais aussi de violette, qui annoncent un vin rond. Cette Mondeuse va très bien avec un plateau de charcuterie, avec les fromages et les gigots. Personnellement, je la vois bien accompagnant un plateau spécial match de foot pour ces messieurs.

Où trouver cette bouteille? Chez NYSA, 94 rue Montorgueil 75002 Paris

Et si on concevait le vin Autrement finalement? Si on assemblait le Gamay, la Mondeuse et le Pinot Noir d’un même domaine, faute de cuves suffisantes? A quoi ça pourrait bien ressembler? Il aurait sûrement le charme envoûtant de la cuvée Autrement de Jacques Maillet. Un vin que j’ai découvert avec Pascale au détour d’un excellent restaurant, les Fines Gueules. Goûté seul, il est plein de promesses, mais a vraiment pris toute son ampleur avec un tartare au couteau qui accompagnait notre verre ce midi-là.

Autrement 2005 Jacques Maillet

Nécessite quand même d’être carafé deux heures avant la dégustation le temps de révéler son nez. Jacques Maillet, après être tombé malade à cause des pesticides, retourne à ses convictions premières : faire un vin naturel, en biodynamie, sur des côteaux à 45%! Faute de crédits suffisants, un accord est trouvé avec son ancienne coopérative pour lui allouer une cuve : le pinot noir, le gamay et la mondeuse de son domaine se retrouvent alors assemblés dans son vin Autrement (pratique qui était de coutume avant la création des AOC savoyardes). On comprend mieux le nom de cette cuvée! Un nez sur les fruits rouges et les épices, puis une matière qui saisit la bouche entière : voilà un vin que je me plairais bien à suivre, d’autant que ses étiquettes sont pleines de poésie. Avis aux amateurs : après s’être lancé dans les rouges, Jacques Maillet a relevé le défi des blancs. Il se murmure que sa Jacquère est très prisée… Je me ferais d’ailleurs un plaisir de la débusquer dans Paris!

Où trouver cette bouteille? Aux Caves Dargent, 27 avenue Simon Bolivar, 75019 Paris, 14 euros

C’est par cette jolie note que nous avons conclu la dégustation… une introduction aux vins de Savoie que je me ferai un plaisir de poursuivre cet été en compagnie de Magali Sulpice que je vais rencontrer. J’espère pouvoir en apprendre beaucoup plus et vous présenter d’autres bouteilles très vite!

Rendez-vous, chers amis de Jeudivin, pour notre pique-nique de fin d’année la semaine prochaine!

Publicités
5 commentaires
  1. marise a dit:

    Encore bravo pour ta dégustation Stéphanie, menée de main de maitresse un brin savoyarde, si j’ai bien compris, et dans la bonne humeur malgré le parcours d’embûches de ce jour de grève nationale qui avait clairsemé nos rangs.

    C’était un vrai régal en tout cas ces 8 bouteilles pistées avec succès et qui ont donné à tout le monde l’envie d’affûter les skis.

    Et… félicitation pour ce billet extra, complet, riche, vivant et amical. Trop forte 🙂

  2. Bebert a dit:

    Beau billet en effet. Et sur une région qui souffre malheureusement d’un déficit d’image… Chapeau, donc.
    Et si vous cherchez les vins de Fred Giachino et de Jacques Maillet, vous en trouverez ici: http://www.levertetlevin.com/

  3. Nous ne proposons pas encore de séjours œnologiques en Savoie, mais à vous lire, il y a de quoi faire! Votre article nous donne envie d’en élaborer un sur le champs! Merci pour toutes vos bonnes idées de dégustation.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :